Autour de Bolandoz

Reprise dans le Doubs

Baume des Crêtes, gouffre de Vau

Dimanche 8 novembre 2009, par Audrey Beauduc, bob, Cécile Iribarnégaray, Eglantine Hauguel, Grenouille, Nicolas Aymard // Sorties

Sortie automnale du CDS 75 où le Spéléo Club de Paris sera grandement représenté. Le camp de base est situé au gîte de Bolandoz, les spots seront la Baume des Crêtes et le Gouffre de Vau.

Les convives vont arriver en trois vagues le vendredi soir au gîte de Bolandoz où nous attend Daniel, puis après une bonne nuit, l’étude des topos terminée, le groupe se scinde en deux.

- La Baume des Crêtes
- Le Gouffre de Vau

La Baume des Crêtes :

Après le P 40, nous voici sur le cône d’éboulis parsemé de jolies concrétions (piles d’assiettes, méduses, draperies), au bas duquel nous trouvons la salle du réveillon. Sur le chemin, les explorateurs découvriront une salle occupée par des chiroptères cavernicoles. Après quelques chatières, la salle des Dolois et des boyaux, nous arrivons le long de la rivière glauque et odorante se terminant sur une cascade.

Le Gouffre de Vau :

La cheminée d’entrée à flanc de colline débouche sur un petit cône d’éboulis (habité par des batraciens, des salamandres et une couleuvre alors que sur les parois des araignées cavernicoles nous observent) puis sur la galerie des gours avec ses magnifiques concrétions. La suite devient glaiseuse, et après quelques ressauts, l’aventure se termine au pied d’un P 15, les pieds dans la glaise !!

Les doutes d’un débutant dans les trous du Doubs ou l’avis du primo-spéléant...

par Triskell

Tout commence dans…le Lot. Idéal, me direz-vous, pour aborder cette discipline bizarre qui consiste à se faufiler, avec une grâce certes toute relative selon les individus, dans les méandres de notre bonne vieille Terre nourricière. Ma (dé)formation freudienne m’a imposé l’idée qu’il y a dans cette acte d’exploration incestueux un brin de relent œdipien. À moins qu’il ne s’agisse tout simplement, et moins névrotiquement, de retrouver le bien-être et la sécurité de l’instant prénatal, voire de revivre in fine la difficile mais salvatrice délivrance maternelle. Quoiqu’il en soit, il m’aura fallu quelques dix mois d’entraînement muraux (et nombre d’actes manqués) afin d’assumer mes pulsions refoulées, et de m’inscrire à une sortie du club.

Quoi ? Je me cherche des excuses ? Peut-être…j’en parlerai à mon surmoi à l’occasion.

Me voici dans le Lot, donc, inscrit à une sortie dans le Doubs. Car je n’aborde le sujet du 46 que pour présenter mes excuses auprès de ceux à qui j’ai inspiré de vaines inquiétudes quant à ma venue, pour cause d’absence téléphonique prolongée. Parti en ces lointaines contrées pour des activités aquatiques (comprenne qui pourra), je reçu alors maints messages tant par la grande toile que par le truchement des ondes téléphoniques.
- Mais, par malheur, si le Lot, aux jeux du spéléo vaut son prix,
- On sait qu’en revanche il ne brille, ni par le net, ni par la téléphonie.
- (comprenne la grenouille qui pourra)

Encore des excuses ? Soit, j’en conviens.

En bref, et surtout en vue d’en venir à l’essentiel, me voici au vendredi soir, arrivant Porte d’Italie. J’y rejoins mes co-voituriers qui ont usé de patience jusqu’à m’attendre bien au-delà de l’heure que j’avais moi-même repoussée, pour cause de train (de Cahors, vous suivez ?) en retard (décidément, le Lot…). Qu’ils en soient ici remerciés et, au passage, que les plus médisants d’entre vous se repentent : oui, le Liban était déjà représenté dans le somptueux bolide chargé de nous transporter vers les célestes souterrains. (et pof ! et d’un oxymore, un !)

En chemin, outre le confort du plus bel engin du week-end : celui de Nico2 (ah, elle est fine, celle-là !), nous avons pu jouir du sens aigu du copilotage de notre vice-présidente, aux indications d’une redoutable précision, et dont voici un extrait que je lui avais promis de caser dans le présent article : « Dans 800 mètres, il faudra faire quelque chose ! »

Merci encore. Vraiment.

Ces talents, combinés à mon sens très personnel de la ponctualité militaire, nous font arriver les derniers au gîte. Chose heureuse s’il en est, qui nous a préservés du profond désagrément d’être réveillés par des retardataires inopportuns. C’est donc dans le plus grand calme et dans le strict respect du repos de nos prédécesseurs, vous vous en doutez, qui nous avons ainsi gagné nos couches…

Le lendemain matin, et afin de ne pas faire mauvaise figure, je me force à me lever avec deux espèces d’énergumènes ayant décider d’un lever à l’heure indécente de 7h30. Nico1 et Rémy, que vous avez reconnus, emmènent ainsi progressivement l’ensemble de ce petit monde spéléotin, et je sens monter une effervescence que je découvre. Le petit déjeuner est somme toute assez classique, à la stupeur près de constater que je suis le seul à m’emparer du pot de pâte à tartiner (les marques® sont-elles autorisées sur ce site ?). Premier moment de doute : ces gens sont-ils bien comme moi ? Ils m’apparaissent d’autant plus étranges qu’ils vaquent tous à leurs occupations sans concertation apparente, chacun trouvant naturellement sa tâche, entre la préparation d’un kit (mot qui jusqu’ici n’évoquait en moi qu’un type parlant à sa voiture grâce à sa montre : que voulez-vous, on appartient à la génération que l’on peut !) ou traitant de topo au travers de codes abscons à base de phonèmes étranges : P15, R9… Je m’attache à faire semblant de saisir le sens de ces crypto-schémas cabalistiques et acquiesce consciencieusement aux explications ésotériques que l’un ou l’autre de ces sorciers consent à me distiller.

Après force efforts d’intégration, me voici affublé d’un numéro, tel un pilote de la PAF : le 3. Je pense que, comme à la Patrouille, c’est là le chiffre qu’on réserve au jeunot. Rien que de très normal, donc. Nous voici en chemin vers notre trou, une histoire de Baume des Crêtes. Mais de crêtes, point. Pas plus que de trou, d’ailleurs. C’est en vain que nous arpentons les alentours du site préconisé par la topo. Enfin, concomitamment à l’initiative de Rémy d’aller interroger la population paysanne locale, un éclair de souvenir traverse le sieur Nico1 qui retrouve soudain l’emplacement de l’objet de nos recherches. Tout s’éclaire enfin : les autochtones ont eu l’impertinente audace d’installer un terrain de football 300 mètres avant celui indiqué comme repère dans le topo. Si même les footeux s’y mettent…

Plein d’enthousiasme, j’entame alors mon équipement. Bien vite, on a la sagesse de m’inviter à ôter le haut de ma combinaison, sous peine de cure du type sauna. On m’explique alors ce que je constaterai effectivement sous peu : la première vertu du spéléologue est la patience. Je l’avoue, au bord du trou, pendant l’équipement d’un P30 (eh ! oui, j’ai toujours appris vite) bien tentant, j’ai quelque peu rongé mon frein. Les obstacles suivants, également, furent à la source, non d’un réel ennui, mais de quelque impatience. Et puis, au fur et à mesure de nos progressions, j’ai appris à m’approprier cette alternance entre action et contemplation, entre la concentration et la détente, entre le souffle court et les franches rigolades. A la vérité, l’éblouissement ne fut pas, comme je pus m’y attendre, soudain, mais grandissant à mesure que nous progressions, et surtout à mesure que j’apprenais à voir. Alors je pris goût à ce que j’étais venu essayer. Un virus de plus, peut-être, quelque chose à agencer dans mon existence, mais quelque chose en cohérence avec mon goût pour toutes ces activités qui en isolant les hommes de leur milieu naturel, les rapprochent entre eux par l’aventure partagée. De celles, également, qui obligent chacun, au sein d’une action collective, à s’engager individuellement, se confrontant humblement à ses faiblesses. L’exploration est celle de la nature, bien-sûr, mais elle est aussi et peut-être avant tout introspective.

Mais je m’égare. Comme nous le fîmes d’ailleurs à quelques reprises, et ce fut pour moi une découverte supplémentaire de constater que la topologie spéléo n’est pas à proprement parler une science exacte. Enfin, on y arrive. Et d’étroiture en ressaut, de concrétions en chiroptères, me voici à la découverte d’un monde nouveau qui me montre tout ce à quoi je m’attendais, et davantage encore. Sans en avoir vu davantage, je conseillerais sans hésitation ce trou à qui voudrait goûter à la spéléo, tant la diversité des paysages et des progressions y est assurée.

La remontée, enfin, où le plaisir s’inverse. Je ressens autant de satisfaction à m’extraire de la cavité que j’en avais à m’enfoncer dans ses tréfonds. Une surprise m’attend quand même à la sortie. De fait, une fois là-haut, point de lumière du jour, et pour cause : il n’est pas loin de 20 heures. C’est tout con, mais quand on ne s’y attend pas, ça fait tout chose de ne pratiquement pas avoir vu la lumière de la journée. Un peu comme ces dimanches consommés par une récupération post-festive (un lendemain de cuite, quoi !). Mais ne serait-ce pas un peu ce qui vient de m’arriver ?

Après un rapide changement de tenue, nous voici de retour au gîte. Et là, consternation : l’autre groupe n’est pas encore rentré, et par voie de conséquence : point de raclette préparée, et encore moins d’apéro. Dépassant notre atterrement, nous réalisons ces menus travaux. La sagacité d’Églantine nous permet au passage de résoudre la quadrature du cercle, en parvenant à répartir personnes et matériel à raclette dans l’espace restreint du gîte. Enfin, cela dit, on a dû quand même l’aider un peu…

La soirée se passe dans une ambiance sympathique où fusent les boutades, moqueries et autres gentillesses. Tout le monde se trouve rassasié : pour mémoire, 3,2 kg de fromage pour 13 personnes, ça suffit. Pour la suite, ne comptez pas sur moi. J’ai traîtreusement abrégé les hostilités en allant me coucher parmi les premiers. Il paraît que des joueurs invétérés ont taroté jusqu’au bout de la nuit. Il paraît également que certains auraient eu une respiration nocturne assez puissante : bizarrement, je n’en ai rien entendu.

Volontaire et plein d’ardeur, j’avais réglé mon réveil à l’horaire dit : 7h30, une fois encore. Las ! La France qui se lève tôt (i.e. les mêmes hurluberlus de la veille) juge l’heure trop tardive, et anticipe d’un quart d’heure, décalage horaire favorable oblige. Après un fastidieux décollement de paupières : petit-déjeuner. Les aventuriers descendent successivement vers la salle. Cécile, visiblement bien ancrée dans l’ambiance de la veille dit bonjour…à sa manière, disons. Vous savez, les « gentillesses » ! Du coup, on lui retourne la politesse, ce qui fait marrer Florent. Tout semble donc normal, et nous voici en selle pour de nouvelles explorations.

On échange de trou avec l’équipe de la veille, et nous voici au bord du gouffre de Vau, que nous trouvons grâce au GPS, à défaut de paysans. Nous échappons aux chasseurs (« Pour une fois ! », dirait la Rémymobile), et nous engouffrons au sens propre. Le trou est équipé et la descente s’en trouve évidemment facilitée. La spécialité des lieux, c’est la glaise. Mettez quelques garçons au fond d’un trou (les filles nous ont lâché en cours de route, et nous attendent en cassant la croûte), un terrain glaiseux à souhait, et…à votre avis ? Ben, oui. Bataille ! Je loupe à peu près tous mes coups, mais aurai quand même la satisfaction d’un beau coup au but que Rémy ne constatera que plus tard, s’interrogeant sur l’étrange protubérance qu’il sentira poindre sous son casque ( ?! )

Finalement, on décide de sortir malgré tout. Tout le monde semble surpris de me voir prêt à jeûner quelques instants de plus. Comprends pas. Nous remontons donc, non sans procéder à quelques observations faunistiques. Malheureusement, point de feu pour y jeter les salamandres. À défaut de vérifier les légendes, et d’aller à la fois au devant de grandes déceptions, et des foudres de mes nouveaux camarades de jeu (je les soupçonne d’entretenir une certaine fibre écolo, en leur qualité de sportifs de pleine nature), on me permet de déséquiper le dernier puits. Excellent ! J’en profite pour remercier tout particulièrement Nico1 pour sa compétence et la façon si naturelle dont il la met au service des autres.

C’est après ce deuxième périple que tout s’accélère : lavage du matériel dans un lavoir reculé, sous l’aimable bienveillance de l’édile local qui cependant nous fait courtoisement entendre les difficultés que lui provoquent notre passage. S’ensuit le retour au gîte, nettoyage, paiement des frais à Dan, qui nous aura épargné entre autres choses les fastidieuses opérations de répartition de frais. Le retour s’organise, accompagné par une petite collation bienvenue. Le temps des adieux, et nous voilà partis.

En conclusion, et afin de répondre à la sympathique (ou angoissée, c’est selon) question que l’on me posa de manière récurrente au cours de ce week-end, je laisserai la parole à deux généralissimes d’ascendance écossaise nés au 19e siècle, pourfendeurs de la gangrène marxo-maoïste de leur état et qui, de notoriété publique, sont évidemment et éminemment qualifiés en spéléologie :
-  Le SCP, j’y suis, j’y reste !
-  Inside holes, I shall return !

Triskell

PS : Mon intégrité en matière de respect de la propriété intellectuelle, autant que mon souci de préserver votre susceptibilité eu égard à vos connaissances historiques respectives, me conduisent à vous proposer de retrouver les auteurs des deux aphorismes suscités au travers des indices suivants :
-  général puis maréchal, je fus le restaurateur de l’Ordre (ou le boucher de la Semaine Sanglante, selon vos propres opinions), puis président de la République, ce qui n’est pas une mince affaire pour un royaliste conservateur (ou réactionnaire, toujours selon…). Mais avant tout, je suis également le génial inventeur de cette autre exclamation fantastique, et par ailleurs tout autant applicable à la spéléologie : Que d’eau ! Que d’eau !
-  général d’un autre continent, mes adversaires furent à la fois jaunes et rouges. Signataire de la fin de la plus grande guerre de l’Histoire sur le Missouri, dans le Pacifique (Si !si ! C’est possible : cherchez bien), je planifiai quelques années plus tard de vitrifier Pékin parmi de nombreuses autres villes afin de poursuivre les hostilités avec d’autres impertinents. Preuve s’il en fallait que quand on aime, on ne compte pas !

4 Messages de forum

  • Reprise dans le Doubs 8 novembre 2009 14:54, par Grenouille

    Sous le casque / uniforme se cache un écrivain spéléonaute. Mes respects mon capitaine, bienvenue dans les entrailles de la terre.

  • Reprise dans le Doubs 9 novembre 2009 13:09, par Guillaumuss

    Boudiou ! Quelle plume mon cher Triskell : quand on commence à vous lire, on ne peut plus décrocher...

    Les deux subtiles "Questions pour un Champion", à faire pâlir Julien Lepers, m’amènent à vous souhaiter longue vie au SCP, et aussi riche que vos connaissances historiques ;)

    Au plaisir de vous retrouver en votre (12eme ou spéléologique) compagnie ;)

  • Reprise dans le Doubs 10 novembre 2009 20:11, par Snoretrash

    Et bien, un article comme je les aime. Un nouveau spéléologue est né et sa verbe vaut bien son tempérament. Vive et légère, incisive et corrosive.

    Un plaisir à lire et à emmener sous terre. Et merci pour ces lignes qui pourraient faire enfler les chevilles de certains et la tête d’autres.

    Je tiens aussi à souligner que rares sont les débutants qui acceptent/veulent déséquiper lors de leur première descente.

    À quand la prochaine sortie ?

    Ps : la pâte à tartiner de la marque fort célèbre part plus vite en général (je soupçonne certaines (personnes) de faire régime).

    • Reprise dans le Doubs 8 décembre 2009 12:01, par Cécile Iribarnégaray

      Je viens (enfin) de lire ce brillant article, un seul mot : "bravo". Je pense que Jacques Chabert va te recruter dans son équipe de rédacteurs de "grottes et gouffres". Une petite question : je n’ai aucun souvenir de l’allusion sur le petit déj de dimanche matin, quelqu’un pourrait il me rafraichir la mémoire ?
      A bientôt sur ou sous terre


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