Les apports du spéléo-club de paris

Vendredi 24 avril 2009, par Spéléoclubdeparis // Historique

Les aspects scientifiques

Le Spéléo-club de Paris ne s’est jamais désintéressé des aspects scientifiques de notre discipline. Cette tradition, suivie avec plus ou moins d’assiduité au cours des années, est née avec Félix Trombe, lui encore, qui, dès 1943, publie dans les Travaux scientifiques du Club alpin français l’inventaire des gouffres et cavernes du Haut-Comminges et « pose les éléments d’une interprétation physique et chimique du karst souterrain » (Philippe Renault). Il poursuivra par des textes sur les Pyrénées et le Quercy dans les Annales de spéléologie de 1947 à 1951 en développant des études sur l’ionisation de l’air souterrain. Ses travaux et ses explorations aboutiront à la publication du Traité de spéléologie (Payot, 1952), ouvrage ancien certes, mais encore utilisé de nos jours.

L’intérêt porté à la chose scientifique s’est manifesté dans les années 60-70, par la collaboration active aux opérations « Hors du temps » dirigées par Michel Siffre, et cela malgré l’hostilité marquée d’une grande partie de la communauté spéléologique française de l’époque. Deux des séjours souterrains solitaires de longue durée furent effectués par des membres du Spéléo-club de Paris, Jean-Pierre Mairetet (six mois en 1966) et Jacques Chabert (quatre mois et demi en 1968). Cette coopération est poursuivie en 1988 avec l’expérience de cent jours réalisée par Véronique Borel-Le Guen, dans le gouffre du Valat Nègre sur le Causse Noir, entre Millau et Montpellier-le-Vieux. Son suicide en 1990 devait porter un coup d’arrêt aux expériences de Michel Siffre.

L’exemple de Trombe avait certes créé un climat favorable au sein de l’association. Ne nous leurrons pas cependant. Le Spéléo-club de Paris n’a jamais eu la vocation, ni les moyens de devenir un organisme de recherche. Mais il a constitué un lieu où certains ont pu lutter contre l’élargissement du fossé séparant les scientifiques et les « spéléistes ». Cet état d’esprit s’est exprimé ces dernières années par l’organisation de diverses manifestations rassemblant explorateurs et chercheurs.

Ce fut tout d’abord en 1982 le « Colloque sur la plongée souterraine et les sciences spéléologiques » qui s’est tenu à Tonnerre et à Chablis et qui regroupa 27 communications publiées dans des Actes.

Puis deux ans plus tard, un séminaire, parisien celui-ci, aborda un vaste sujet rarement traité en tant que tel, « les grands vides souterrains ».

En 1987, en collaboration étroite avec le Laboratoire souterrain de Moulis et des groupes pyrénéens, et en premier lieu le Groupe spéléologique des Pyrénées, le Spéléo-club de Paris organisait à Moulis et à Saint-Girons (Ariège) les « Journées Félix Trombe », réunion qui attira quelque 120 personnes, malgré l’éloignement et la relative aridité du sujet proposé, « les relations fond-surface en terrain karstique ».

C’est encore une bonne centaine de personnes qui se retrouve en 1991 à l’Institut de géographie alpine de Grenoble pour les Journées Pierre Chevalier, en présence de l’explorateur du Trou du Glaz. Les actes de la manifestation regrouperont sur plus de 310 pages les quelque trente communications portant sur les thèmes proposés, la carrière spéléologique de Pierre Chevalier et « les méthodes de terrain dans l’étude des remplissages souterrains ». On eut malheureusement, au cours d’une excursion à la Balme à Collomb en Chartreuse, a déplorer la mort du vice-président du club, Joël Cartier, spécialiste entre autres des carrières souterraines.

En cette même année 1991 est inaugurée, à l’initiative de Jacques Choppy, la série des Rencontres d’octobre. Dans un état d’esprit voisin des manifestations précédentes, mais avec une logistique et des implications financières moindres, ces rencontres ont pour but de faire le point de l’actualité sur l’exploration et la recherche en spéléologie physique et karstologie et propose chaque année un thème de réflexion différent. Le lieu de la rencontre annuelle change aussi tous les ans : 1991 Paris (l’organisation des réseaux), 1992 Chambéry (les grandes galeries et le problème de leurs interruptions subites), 1993 Montpellier (genèse des karsts profonds, observations faites dans la partie accessible par les moyens spéléologiques), 1994 Pau (situation et origine des grandes galeries horizontales et obliques, les méandres), 1995 Orgnac (les concrétions). La prochaine aura lieu dans la grotte d’Osselle. Le thème en sera « les remplissages détritiques ».

L’action dans le domaine scientifique se poursuit actuellement par la publication d’une série périodique, les Mémoires du Spéléo-club de Paris, par des études sur le terrain, menées à la Cueva Fresca, avec l’aide de la commission scientifique du Club alpin français, par Jacques Choppy, Philippe Morverand et Jean-Yves Bigot qui s’aident des datations de concrétions par la méthode uranium/thorium réalisées en Belgique par le laboratoire d’Yves Quinif. En outre, Olivier Forgeot s’est lancé dans l’étude des températures de la cavité.

Par ailleurs, le Spéléo-club de Paris diffuse la synthèse de Jacques Choppy sur les « Phénomènes karstiques ».

La technique

Dans le domaine de la technique, le Spéléo-club de Paris a apporté sa contribution dès sa création grâce encore une fois à Félix Trombe qui, dès 1936, utilise, pour la première fois sous terre, une méthode de remontée sur corde à l’aide du « singe », un bloqueur inventé par Henri Brenot. Félix Trombe, par ailleurs, est connu comme le créateur du camping souterrain, mais il faut bien reconnaître que cette technique très lourde à mettre en œuvre n’est plus guère utilisée de nos jours où la pratique du bivouac léger en hamac l’a très avantageusement remplacée.

Les deux manuels de Henry Pierre Guérin sont actuellement bien oubliés. Le premier parut en 1944 aux éditions Susse et le second chez Vigot en 1951. Ils sont à présent précieux pour nous donner une idée tout à la fois des techniques utilisées à l’époque et sur la philosophie de l’explorateur des années quarante et cinquante.

La contribution la plus décisive reste néanmoins celle de Bruno Dressler grâce auquel la spéléologie française amorça la révolution technique qui lui permit une progression fulgurante des explorations profondes. C’est lui qui mit au point les premiers bloqueurs et descendeurs que devait ensuite commercialiser et perfectionner Petzl. Parmi ses nombreuses innovations, signalons le topo-fil, le nœud auto-décrochant dit « trompe-la-mort ».

Les images souterraines

Il est aussi un autre domaine où le Spéléo-club de Paris a apporté sa contribution à la connaissance du milieu souterrain, c’est celui de la production d’images. C’est en premier lieu Marcel ICHAC qu’il convient de citer, lui qui réalisa dès 1943 un des tout premiers films consacrés à la spéléologie, Sondeurs d’Abîmes, qu’il tourna en 35mm, dans le Vercors, en partie dans la grotte Favot. Outre un bref reportage filmé au cours de l’expédition de la Henne-Morte en 1947, il entreprend en 1949, Padirac, rivière de la nuit, toujours en 35 mm.

La photo souterraine a attiré de nombreux membres du club. On retrouvera dans les diverses publications nationales et internationales des clichés signés Claude MALLET, Bruno JASSE, Jean-Pierre COMBREDET et bien d’autres encore. Les frères CALLOT ont publié, en 1984, pratiquement pour la première fois depuis l’ouvrage longtemps introuvable de MARTEL, une étude complète, très remarquée, sur la photographie souterraine, alors que, de son côté, Francis LE GUEN grâce à sa science des formes et des couleurs, renouvelait le style des photos consacrées à la plongée souterraine.

Nous avons également compté parmi nos membres correspondants Daniel CHAILLOUX et Guy VENTOUILLAC, spécialistes de la stéréophotographie, un domaine que, quelques années auparavant, avait abordé avec succès Jean-Pierre BEAU.

Les livres

S’il est un domaine où le Spéléo-club de Paris a tenu une place exceptionnelle, c’est celui de la publication. De nombreux ouvrages sur le monde souterrain destinés au grand public ont souvent été signés par des auteurs ayant appartenu à un moment ou à un autre de leur carrière spéléologique au Spéléo-club de Paris ou ayant entretenu des liens étroits avec lui. Parmi les continuateurs de Norbert CASTERET, qui fut nommé membre d’honneur du club dont il a suivi les activités jusqu’aux derniers jours de sa vie, il faut citer le plus fécond de tous, Pierre MINVIELLE.

La bibliographie qui suit — où revient à plusieurs reprises le nom de notre camarade et éditeur Jean SUSSE — donne un aperçu de cet apport spécifique.

[Les institutions

Le Spéléo-club de Paris a également participé à la création et au fonctionnement des instances nationales, voire internationales. Certes on ne peut être à la fois au four et au moulin, et les engagements pris dans d’autres organismes se traduisent généralement par une moindre participation aux activités ordinaires du club. Beaucoup d’entre nous ont fait à un moment ou à un autre l’expérience de cette désaffection obligatoire. C’est néanmoins l’honneur du Spéléo-club de Paris d’avoir compté dans ses rangs des personnalités ayant joué un rôle, parfois décisif, dans l’histoire institutionnelle de la spéléologie.

On peut citer Guy de Lavaur, créateur du premier cours de plongée souterraine, membre fondateur de la Société spéléologique de France dont il fut président honoraire, membre fondateur et vice-président du Comité national de spéléologie, puis vice-président de la Fédération française de spéléologie et président de l’Association nationale des exploitants de cavernes aménagées pour le tourisme (ANECAT).

Puis Bernard GEZE qui, outre ses mandats nationaux qu’il serait fastidieux d’énumérer ici tant ils sont nombreux, fut secrétaire général du Premier congrès international de spéléologie qui se tint à Paris en 1953 et président de l’Union internationale de spéléologie (U.I.S), pour ne citer que les charges les plus lourdes.

Gabriel VILA, co-inventeur de la Clamouse, fut trésorier, puis vice-président de la Societé spéléologique de France avant de prendre, de 1960 à la veille de sa mort, la responsabilité de la revueSpelunca.

Il ne faut pas oublier non plus Charles Sterlingots qui, après avoir assumé la présidence du Spéléo-club de Paris et du COSIF (Comité de spéléologie d’Ile-de-France), devint président de la Fédération française de spéléologie, ni Claude CHABERT qui dirige la commission des grandes cavités et le département « Documentation » de l’U.I.S. et qui, à ce titre, poursuivant l’œuvre de Jean NOIR, a publié avec Paul COURBON un Atlas des grandes cavités mondiales.

Jacques Sautereau de Chaffe, dit « le baron », explorateur de la Pierre-Saint-Martin, l’un des personnages les plus hauts en couleurs de la spéléologie française, fut longtemps l’incontournable vice-président de la fédération.

Récemment, Bruno DELPRAT, grand voyageur et polyglotte, alors qu’il était encore membre du Spéléo-club de Paris, prenait, au sein de la fédération, le poste de président de la Commission des relations et expéditions internationales (CREI).

Par son implantation dans la capitale, par le rôle qu’il a su jouer au sein de la communauté spéléologique, le Spéléo-club de Paris est devenu lui-même une sorte d’institution. Les locaux du Club alpin — rue La Boétie, puis, à partir de mars 1990, avenue de Laumière — ont bien souvent servi de lieu de rencontre, ne serait-ce qu’à l’occasion des réunions-conférences mensuelles où se retrouvent non seulement les membres du club, mais aussi leurs amis des clubs de la région parisienne. Ce cycle de réunions fut instauré dès 1947 et se poursuit de nos jours au rythme de dix par an.