La plongée souterraine

Samedi 25 avril 2009, par Spéléoclubdeparis // Historique

La plongée souterraine mérite un chapitre à part. C’est tout d’abord le nom de Guy de Lavaur qui s’impose, lui qui, le premier en France, utilisa de manière régulière le scaphandre autonome Cousteau-Gagnan, menant à bien une campagne de recherches systématiques dans plusieurs siphons français de 1947 à 1951. Dans son livre Toute la spéléologie il a relaté ses principales plongées, à la fontaine Saint-Georges, résurgence de Padirac, au gouffre des Vitarelles, à la fontaine des Chartreux à Cahors, à la Pescalerie... Ces incursions subaquatiques nous font rétrospectivement frémir lorsque l’on songe au matériel et aux procédures rudimentaires employées. Ce sont du reste des épisodes tragiques qu’il nous faut évoquer dans la période qui suivit. Avec tout d’abord la disparition du Dr Sylvain Buhot en 1956, à la suite d’une hydrocution, dans la résurgence de la Pescalerie et celle du Dr Yves-Henri Dufour qui mourut en 1957 lors d’une traversée de routine du siphon du goueil di Her, exutoire du réseau Trombe, qu’il avait vaincu l’année précédente. Cette mort apparaît d’autant plus injuste et incompréhensible qu’Yves-Henri Dufour fut victime du mal même dont il tentait d’élucider les causes, l’hydrocution.

Ces accidents mortels entraînèrent l’arrêt de toute activité subaquatique au club pendant plus de dix ans. Elle fut reprise par Michel Méalin, mais lui aussi devait disparaître en plongée, non sous terre, mais en pleine mer, lors d’une expédition du club en Turquie, en 1969.

Les entreprises menées par les frères Le Guen et leur équipe seront, elles, dès le début, couronnées de succès, que ce soit l’exploration du trou Madame dans le Lot (1979), la fosse Dionne (1979) à Tonnerre.

Il serait fastidieux d’énumérer les sources et les grottes explorées par Francis Le Guen. Mentionnons, sans souci d’exhaustivité, la grotte de la Mescla dans les Alpes-Maritimes, la grotte du Bestouan à Cassis, le Creux Jannin, la Font de Chandamoy, près de Vesoul, où il découvre des vestiges de mammouth dans un ossuaire noyé. Il explore aussi des siphons plus lointains, en Grèce ou en Floride, en compagnie du grand plongeur américain qu’était Sheck Exley.

En 1983 eut lieu l’expédition Nullarbor au cours de laquelle Francis et Eric purent, avec le soutien d’une équipe légère, prolonger de quelque 1500 mètres le siphon de Cocklebiddy Cave en Australie, totalisant ainsi un parcours noyé aller et retour de plus de dix kilomètres. Francis a raconté avec truculence les aventures de sa petite équipe d’aventuriers aux antipodes dans Les scaphandriers du désert, devenu un classique de la littérature spéléologique.

En 1989, il se tourne vers Padirac, cet énorme réseau lotois qui constituait toujours un des grands problèmes du monde souterrain français.

Tout d’abord à la fontaine Saint-Georges, l’un des exutoires du réseau, Francis plonge le premier siphon qu’avait tenté Guy de Lavaur en 1948 et qui avait été franchi en 1975 par Bertrand Léger. Dix ans plus tôt, il avait déjà prolongé le siphon qui lui fait suite, mais sans réussir à le franchir, objectif qui sera atteint entre-temps par le Suisse Cyril Brandt. C’est là une plongée qui requiert une technique parfaitement maîtrisée et un engagement total, car la longueur avoisine les 1600 mètres et la profondeur y contraint le plongeur a évoluer entre 40 et 77 pendant plusieurs centaines de mètres. Seuls les mélanges gazeux (hélium...) permettent de telles plongées qui auraient été impensables à l’époque pionnière de Guy de Lavaur. Après la sortie de ce S2, Francis explore seul environ 200m de rivière exondée.

Mais c’est en amont dans la rivière souterraine elle-même, vingt sept ans après la mémorable expédition de 1962, qu’il réalise la percée la plus foudroyante. Avec le concours de spéléologues lotois, il franchit le premier siphon aval, celui qui avait arrêté les explorateurs de 1962 (mais qu’avaient déjà vaincu des Dijonnais), passe deux autres siphons vierges et explore en tout plus de 3000 mètres où alternent des galeries grandioses et des passages où la boue recouvre tout. Cet exploit individuel a relancé les explorations dans l’aval de ce grand réseau quasi-légendaire et a amené à la jonction entre la résurgence de la Finou et Padirac par un plongeur de Libourne, Bernard Gauche, en 1995.

Au sein du club, plusieurs autres plongeurs suivent les traces de Francis et Eric Le Guen. L’un d’eux, Eric Segond, se fait remarquer par de belles plongées profondes à la Pierre Saint-Martin en 1983 — à l’œil d’Issaux et dans le siphon d’Arphidia aval —, mais sa carrière spéléologique s’achève brutalement, à 25 ans, alors qu’il venait d’être élu vice-président du club, dans la grotte des Cent-Fonts (Hérault) où il trouve la mort à grande profondeur le ler janvier 1984.

En 1989, des plongeurs du club — Hervé Lefebvre, Fabrice Jacob et Jess Ghirardi — se rendent en Crête afin de poursuivre les recherches entamées les années précédentes dans une source profonde et délicate, l’almyros d’Heraklion. Cette même année, Hervé Lefebvre aidé de Jérôme Poirier tente une percée dans le vaste siphon amont du grand réseau des Vitarelles (Lot).

Olivier Bardot, un plongeur ayant subi une longue formation en mer, entreprend d’ambitieuses plongées profondes, principalement dans les siphons du Lot. Dans le cadre de l’opération Explokarst, il plonge en 1991 à 107m dans la fontaine des Chartreux à Cahors, grâce à des mélanges gazeux. Quelques années auparavant Francis Le Guen avait atteint, dans cette même source, la cote de 99m, ce qui représente — ou dépasse plutôt — la limite maximum pour une plongée effectuée à l’air comprimé.

Par ailleurs, dans un cadre et avec des moyens professionnels, Olivier Bardot travaille actuellement à la mise au point de systèmes de repérage subaquatique et à la préparation d’un appareil d’enregistrement automatique de données topographiques fonctionnant en milieu immergé.