Nouveaux horizons

Dimanche 26 avril 2009, par Spéléoclubdeparis // Historique

Dès la fin des années 50 le regard de certains se tourne vers d’autres horizons. Max Couderc en 1959 dirige une expédition en Sardaigne, malheureusement endeuillée par la mort du spéléologue millavois Émile Vidal. Bruno Jasse et Paul Caro en 1960, Philippe Rimbaud en 1960 et 1961 mèneront également des campagnes en Sardaigne. Les grottes de Su Bentu et du Bue Marino en furent les objectifs principaux. En 1960, l’expédition réunissant Caro, Jasse, Couderc et Peltier atteint la cote 243 dans le gouffre Pec en Yougoslavie. L’année 1957 verra le voyage de Paul Caro au Liban où il participa à l’exploration de la grotte de Jeita. Ce sera là le début d’une longue amitié avec les spéléologues libanais qui se poursuit de nos jours et qui sera marquée par les explorations en commun dans la grotte de Roueiss en 1974 avec Claude Chabert.

Vers 1965 le Spéléo-club de Paris commence à s’intéresser de manière régulière aux karsts des terres lointaines. C’est en effet cette année-là que fut organisée la première expédition en Turquie d’Asie (une mission de reconnaissance avait été menée l’année précédente par Philippe Rimbaud). Elle reçut la collaboration de Temuçin Aygen et d’une nouvelle génération de spéléologues turcs issus des milieux de l’alpinisme.

Alors qu’en 1966 Jacques Chabert et Jacques Meunier explorent la perte de Umajalanta à Torotoro, la plus longue grotte de Bolivie, c’est Claude Chabert qui va incarner cette ouverture tous azimuts vers l’étranger. Il est à l’origine d’une longue série de campagnes en Turquie qui l’amèneront, avec des membres du Spéléo-club de Paris, mais aussi avec le Club Martel de Nice et des Anglais, à explorer, toujours avec le concours de spéléologues turcs, les principales cavités du pays dont la rivière souterraine de Pinargözü où souffle un vent de 155 km/heure. La thèse de doctorat de Michel Bakalowicz, à présent hydrogéologue au Laboratoire souterrain de Moulis, vint apporter une caution scientifique à ces recherches spéléologiques.

L’intérêt que porte Claude Chabert aux cavités et aux karsts du continent asiatique le conduira au cours des années suivantes au Liban, en Afghanistan, en Inde, en Indonésie (Bornéo, Sumba, Bali).

Il a effectué également, toujours en compagnie d’un petit nombre d’amis du Spéléo-club de Paris (Dominique Lavaur, Bruno Chaumeton, Michel Le Bret...) et de spéléologues locaux, plusieurs missions au Mexique et au Brésil. Dans ce dernier pays, il explorera notamment le système de Saõ Vicente (Goias), venant à bout de son impressionnante rivière souterraine, et topographiera l’immense grotte de Janelaõ. Ses relations privilégiées avec les spéléologues brésiliens lui permettront de participer à l’exploration de la grotte de Boa Vista, au nord de l’État de Bahia, étonnante cavité remplie de poussière, dont le potentiel est estimé à plus de cent kilomètres.

En 1993, sous la conduite de Bruno Delprat, le Spéléo-club de Paris organise une mission d’exploration en Chine qui réunit dix participants. L’expédition Xiangsi 93 s’est fixé pour objectif la vallée de la Piduhe, dans la province de Hunan. Une trentaine de phénomènes karstiques majeurs sont repérés et plusieurs cavités grandioses sont explorées (grottes du Vent et du Tigre Volant...). Mais la salamandre cavernicole géante — 1 m 50 de long ! — vue par Bruno Delprat lors d’une mission de reconnaissance avait disparu...

Le Spéléo-club de Paris a compté dans ses rangs de nombreux membres qui, à titre individuel, sont partis aux quatre coins de la planète accomplir des « voyages spéléologiques » et en ont parfois rapporté des récits publiés ici ou là ou présentés lors de conférences dans les locaux du Club alpin. Il serait hasardeux de vouloir en dresser une liste exhaustive, tant sont nombreux ceux qui peuvent se reconnaître dans cette mouvance, mais on peut mentionner Jacques Choppy qui a ainsi visité quelque trente-cinq pays dont la Bulgarie, le Tchad (l’Ennedi), Cuba, l’Australie... ou Pierre Strinati, de Genève, membre correspondant du club depuis de longues années, qui sillonne la terre entière pour y mener des campagnes de prospection biospéologique dans les pays les plus inattendus ; il a accompli en 1977, en compagnie de Villy Aellen, ce qui fut sans doute le premier véritable tour du monde spéléologique.

Parmi les « voyages spéléologiques » originaux quelque peu oubliés, rappelons ici celui de Patrick Cellerier, à notre connaissance le premier spéléologue français à s’être intéressé à la Nouvelle-Guinée, et celui de François de Frescheville qui explora les cavités volcaniques de l’île d’Amsterdam, au beau milieu de l’océan Indien.

Guillaume Barbier, spéléo globe-trotter, participe en 1991 au tournage d’un film du cinéaste russe Victor Koslov dans l’abîme glacé de Svejnaja, dans les montagnes de la République d’Abkhazie, en Géorgie, avant de partir pendant plusieurs mois dans le grand Nord canadien en 1992 où il retournera en 1996. En 1994, avec ses amis québécois, il explore huit kilomètres de puits et de galeries dans la Sierra Negra, à l’extrême sud de l’Etat de Puebla, et le sistema de la Niebla (799m de dénivellation). En 1995, il réussit à participer à une expédition dans la fabuleuse grotte de Lechuguilla, « la plus belle caverne du monde », au Nouveau Mexique (plus de 160 km de développement).