La Lettre du SCP n°339 - novembre 2015

Mardi 24 novembre 2015, par Spéléoclubdeparis // La lettre

LES RENCONTRES D’OCTOBRE

Un succès qui ne se dément pas. La 25e Rencontre d’Octobre s’est tenue dans le Jura sur les bords du lac de Chalain, dans une zone de Franche-Comté célèbre autant pour ses spectaculaires reculées que pour ses fruitières où sont produits ces excellents fromages que sont le comté et le morbier. Il nous faut remercier le CDS 39, en particulier Rémy Limagne et Pascal Lamidey, pour la grande qualité de l’organisation générale, accueil, hébergement, repas, le tout rassemblé en un seul lieu, la Maison familiale rurale du site de Doucier. Cette rencontre était dédiée à Jean-Claude Frachon, figure exceptionnelle de la spéléologie française, dont la photo grandeur nature sur le côté de l’écran de la salle de travail semblait écouter avec intérêt les communicants. Lors de la rencontre de Corveissiat en 2005, il était venu présenter les reculées jurassiennes. Ce fut la dernière manifestation spéléologique à laquelle il participa peu de temps avant sa disparition. Sur le plan scientifique, nous avons vécu de riches moments. Le CO2 sous terre, le thème « privilégié », a été largement traité puisque la moitié des communications lui fut directement consacrée. Le dimanche après-midi un groupe partit à la Borne aux Cassots, le plus longue grotte de Franche-Comté avec ses quelque 18 km de développement. Un autre groupe visita, la piste des dinosaures de Loulle, un site exceptionnel découvert en 2004, qui compte près de 1500 traces de ces animaux datant de 155 millions d’années.

LA LIBRAIRIE DU SPÉLÉO-CLUB DE PARIS

La librairie du Spéléo-club de Paris, c’est- à dire le stock de livres et revues à vendre, était depuis plusieurs années entreposée à Mareil-Marly chez Dominique Lavaur qui en assurait la gestion. Il convient de le remercier pour cette tâche dont il s’est acquittée avec efficacité malgré une activité professionnelle très prenante. La quasi-totalité de cet ensemble se trouve maintenant dans un local récemment aménagé chez Jacques Chabert à Barbizon. Les anciens numéros de notre bulletin Grottes & Gouffres constituaient une partie importante du stock des publications destinées à la vente dans les diverses manifestations auxquelles notre club participait – et participe toujours – au premier rang desquelles se placent les Rencontres d’Octobre. Plusieurs actions sont prévues dans les semaines, les mois, voire les années à venir. D’abord la mise sur notre site web du catalogue qui comprend les publications éditées par le club et celles que nous diffusons, comme par exemple les œuvres de Jacques Choppy. Ensuite nous pourrions envisager la numérisation – image et texte – des 162 numéros de notre bulletin. Ce serait là un très gros effort qui permettrait de mettre à la disposition des spéléologues francophones le travail d’exploration, de topographie et d’édition effectué par nos membres depuis des décennies. Il a été procédé à un premier tri de nos bulletins anciens dont nous n’avons gardé que 10 exemplaires quand ceux-ci étaient disponibles, car quelques numéros sont maintenant en nombre très limité ou épuisés, notamment le fameux n° 69 qu’il serait peut-être opportun de réimprimer. Quelque 2000 exemplaires – de 1957 à 2006 – sont voués au pilon à moins qu’on ne trouve le moyen d’en distribuer gratuitement à brève échéance. Voilà donc des décisions à prendre lors d’une prochaine réunion de notre comité directeur.

MICHEL ONFRAY CHEZ MICHEL SIFFRE

Dans un de ses derniers ouvrages, Cosmos, le philosophe médiatique Michel Onfray consacre dix pages particulièrement dithyrambiques à Michel Siffre. Stimulé par la lecture de Hors du temps dans lequel Michel Siffre relate son séjour de deux mois dans les glaces du gouffre de Scarasson en 1962, Onfray s’est rendu à Nice où il a rencontré notre camarade qui lui a ouvert son « antre ». Dans ses réflexions sur le temps, le philosophe n’a pu s’empêcher de lancer ses habituelles diatribes contre la psychanalyse qui, en l’occurrence, nous sont apparues quelque peu hors de propos. Nous invitons néanmoins les lecteurs de cette Lettre à lire ces pages brillantes de Michel Onfray et, par la même occasion, à relire le portrait plein d’humour de Michel Siffre qu’a dressé le spéléo-plongeur Francis Le Guen, un ancien membre de notre club, dans son livre sur ses explorations en Australie, Les Scaphandriers du désert.

LA GROTTE D’ANTIPAROS, GOBINEAU ET LE MARQUIS AMOUREUX

Eric Stoll, un habitué de nos réunions-conférences et un participant de la Rencontre d’Octobre de Chalain, avait visité il y a quelques années la grotte d’Antiparos, située sur la petite île éponyme des Cyclades, à l’ouest de l’île de Paros. Il en a rapporté la photo d’un graffiti célèbre, tracé par un homonyme du rédacteur de cette Lettre, ce qui nous donne l’occasion d’évoquer un épisode de l’histoire des grottes, peu avant la venue rue Boissonade de notre ami historien de la spéléologie Bernard Chirol. Ce graffiti a été commenté par Joseph Arthur de Gobineau dans un texte d’un des Souvenirs de voyage, intitulé Akrivie Phrangopoulo qu’on peut lire sur Gallica, la librairie numérique de la Bibliothèque nationale de France. On oubliera que Gobineau (1816-1882) est l’auteur d’un Essai sur l’inégalité des races humaines pour mettre l’accent sur son talent d’écrivain voyageur, loué par Nicolas Bouvier. Après sa visite de la grotte d’Antiparos, Gobineau garda un triste souvenir du monde souterrain : " On se traîne péniblement et dans la position la plus absurde sur une pierre suintante et glissante. (...) De moins en moins on se trouve à l’aise ; l’air est lourd et chargé de vapeurs. Les torches qui brillent çà et là et l’habitude déjà prise des ténèbres vous font découvrir assez vite que vous n’êtes pas au bout ". Les concrétions qu’on peut admirer sur de nombreuses gravures romantiques n’ont pas eu l’heur de lui plaire. " Quant aux stalactites, ce sont ces laideurs connues dont raffolent partout les amateurs des trésors des merveilles de la nature, une contrefaçon du sucre de pomme figé hors du moule ; quelque chose de coulant, d’informe, de gauche, large mal à propos, mince à contretemps, et avec des prétentions larmoyantes." Seule consolation : les inscriptions, " fort éloquentes sur la bêtise organique de la race humaine ". Gobineau en cite une " remarquable " qui met en cause une parente de son attaché d’ambassade en 1866 : " Hélène de Tascher, femme incomparable ! Trésor du marquis de Chabert ! - 1775 ". Il ajoute : " Le courage malheureux a peu de traits plus touchants ". Ce marquis amoureux, Joseph Bernard Chabert de Cogolin (1724-1805), n’est pas un inconnu. Officier de marine, géographe et astronome, membre de l’Académie des sciences, il avait, sur ordre du roi, rectifié les cartes du nord de l’" Amérique septentrionale ".

LE TIMBRE DU MOIS

Le paléontologue danois Peter Lund (1801-1880) est représenté dans une grotte de la municipalité de Lagoa Santa, une ville proche de Belo Horizonte (État de Minas Gerais). Après un premier voyage au Brésil en 1825, il revient dans ce pays en 1833 pour poursuivre ses recherches de botanique et de zoologie. Il s’installe d’abord à Rio de Janeiro, puis à Lagoa Santa où il demeure jusqu’à sa mort. Il explora plus d’une centaine de grottes et découvrit 120 espèces fossiles et 94 appartenant à la faune moderne. Il est considéré comme le père de la paléontologie brésilienne. Charles Darwin s’appuya sur les résultats de ses études