La lettre du Spéléo-Club de Paris

N°275 - Mai 2009

Vendredi 1er mai 2009, par Spéléoclubdeparis // La lettre

Claude chabert 1939-2009

"Le 4 mai, mon frère Claude a succombé, à Thizy, dans l’Yonne, aux derniers assauts d’une maladie qui l’avait peu à peu privé de ses facultés intellectuelles. Quelques années plus tôt, il m’avait dit qu’il avait des projets — presque tous concernaient la spéléologie — pour vivre jusqu’à 140 ans. Le destin ne lui a même pas permis d’atteindre la moitié du temps nécessaire pour les mener à bien. Dans le prochain numéro de notre bulletin Grottes et Gouffres dont il fut pendant plus de deux décennies le rédacteur en chef, nous rendrons hommage à sa féconde carrière spéléologique qui l’a conduit sur bien des continents où il a découvert de nombreuses cavités. Ses explorations — il n’aimait pas le mot "expédition" aux relents colonialistes — l’ont amené, bien souvent accompagné de sa compagne, puis sa femme, Nicky, à se faire de nombreux amis un peu partout dans le monde.

Sa fantaisie, son goût de la supputation frotté aux grands auteurs philosophique, mais aussi aux poètes surréalistes, donnaient à sa conversation un tour piquant qui séduisait, amusait, stimulait. Un autre aspect de son caractère le portait aux collections et inventaires et le rendait pointilleux, voire inflexible. Cela nous a valu des ouvrages qui ont fait date dans l’histoire de la spéléologie, mais aussi quelques brouilles mémorables. Son intelligence, sa vitalité, sa bonne humeur, sa convivialité, sa détermination en faisaient un personnage original et attachant qui va manquer à la communauté spéléologique."

Jacques Chabert

Du nouveau aux anciens ça sonne le creux

Les 18 et 19 avril, les recherches au trou des Anciens (Francheville, Côte d’Or) ont pris un nouvel élan. Ce weekend fut organisé sous l’égide du Comité départemental de spéléologie de Paris, le CDS 75, et non pas uniquement à l’initiative de notre club. Le "stage d’initiation à la désobstruction" a connu un franc succès. Puis du 1er au 3 mai, le Spéléo-club de Paris a repris les travaux, toujours avec l’aide de nos amis du lieu (Dijon-Spéléo et Spéléo-club de Dijon) qui, comme à la mi-avril, étaient également du rendezvous et avaient mis en place le treuil qui bénéficiait du câble anti-giratoire que notre club avait acheté.

Les seaux qui ont été sortis lors de ces deux séances ont rempli une centaine de brouettes. De la sorte, le puits a pu être approfondi d’environ deux mètres pour quatre mètres à l’horizontale. Aux dires de ceux — et celles — ayant poursuivi la désobstruction au fond, "ça sonne le creux" et désormais l’assurance est nécessaire pour les creuseurs de pointe, car il n’est pas impossible que nous soyons au sommet d’un puits. Un sourcier, Alain Verget, qui n’est autre que le maire de Villecomte, est venu sur le site. Il "sent" la présence de l’eau et prévoit qu’à 23 mètres sous terre se trouvent des galeries de 6 m de large se dirigeant plein est... La possibilité de déboucher dans des vides pénétrables n’a jamais semblé aussi proche. Une autre sortie CDS aux Anciens est prévue en septembre. Elle sera certainement précédée d’autres séances estampillées Spéléo-club de Paris.

Membres du SCP ayant participé aux travaux des 1er et 3 mai : Eynard de Crécy, Bruno Delprat, Arnaud Guyot, Daniel et Jasmine Teyssier.

Jacques rouire

Nous avons appris le décès de Jacques Rouire, à la fin du mois de mars. Né le 9 octobre 1920 à Millau, cet ingénieur géologue du BRGM, fut un des grands spéléologues des Causses, explorateur, entre bien d’autres cavités, de la grotte de Malaval. Il fut sans doute inscrit quelque temps au Spéléoclub de Paris (à vérifier dans les archives), mais il est certain qu’il eut comme compagnons d’exploration plusieurs membres de notre club, dont notre ancien président Max Couderc, avec lequel il fit ses débuts, le docteur Jean Gajac, Raymond Gaché et Jean-Claude Pelon, le seul survivant de cette grande équipe.

La vocation de la spéléologie, c’est l’exploration - 3/3

Dans le domaine des sciences de la terre. Les grottes visitables par l’homme, vieilles souvent de quelques millions d’années, se sont creusées grâce à la surrection des montagnes ; elles sont le témoin d’anciennes géographies, à l’évolution desquelles elles ont parfois contribué ; et l’on y trouve l’enregistrement d’anciens climats. Des grottes plus anciennes ont en grande partie disparu : creusées il y a des centaines de millions d’années, elles ont été démantelées par les événements géologiques ultérieurs et rabotées par l’érosion ; il en reste pourtant des vestiges. Or les grottes sont de fantastiques pièges à sédiments, dont l’étude, la datation ne font que débuter, notamment en raison des difficultés d’accès.

Reste le plan pratique. L’alimentation de la ville de Paris dépend pour une part d’eaux provenant de grottes, et le département du Lot presqu’en totalité ; certains captages sont réalisés loin des risques de pollution, grâce aux explorations de plongeurs spéléologues. Dans les terrains où se trouvent les grottes, l’étude de la plupart des problèmes d’environnement relève pour une part de la connaissance des formes et des phénomènes étudiés par les spéléologues. Les grottes touristiques, au nombre d’une centaine en France, jouent un rôle culturel pour leurs 6 millions de visiteurs annuels.

L’exploration spéléologique est maintenant souvent exotique ; au rythme actuel, le vingt-et-unième siècle n’en verra pas l’achèvement. Quant à l’exploration scientifique, consacrée à rechercher dans des cavités connues tous les indices de leur activité actuelle et passée, aux mesures et analyses correspondantes, elle pourrait devenir une activité à part entière, et déboucher parfois sur de nouvelles explorations.

Jacques Choppy

Le timbre du mois

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assez rares sont les personnes qui se sont illustrées dans le domaine de la spéléologie et qui ont été honorées par la philatélie. Martel attend toujours qu’un timbre lui soit consacré. Adolphe Quételet est un célèbre astronome, mathématicien et statisticien belge (1796-1874) — on trouve son nom dans le Petit Larousse — qui est connu des spéléologues notamment pour sa Relation d’un voyage fait à la grotte de Han au mois d’août 1822 (écrit avec Jean Kickx). Cela nous donne l’occasion de mentionner que cette cavité touristique vient d’inaugurer deux nouvelles passerelles à sa sortie pour remplacer les barques qui ont transporté les visiteurs pendant près d’un siècle et qui ne correspondaient plus aux normes de sécurité imposées par la législation européenne.