La lettre du Spéléo-Club de Paris

N°295 - Mai 2011

Mercredi 18 mai 2011, par Spéléoclubdeparis // La lettre

Lucioléo

ou le séjour souterrain à la portée des non spéléos

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On se souvient que Dominique Lavaur avait organisé l’année dernière aux grottes de Lacave les événements obscuricoles (LEO), afin de permettre au public d’appréhender le monde souterrain en utilisant d’autres sens que la vue. Dominique a travaillé sur un nouveau concept permettant de faire découvrir la caverne en y séjournant. Nos incursions spéléologiques sont souvent brèves et il n’est guère enthousiasmant de prolonger notre séjour sous terre au delà de 24heures en l’absence d’un bivouac confortable. Comment dès lors convaincre des non spéléos de venir passer une nuit sous terre afin d’y vivre une expérience sensorielle inédite sans par ailleurs proposer un couchage confortable, à même de rassurer les plus réticents de venir tenter l’aventure dans ce lieu si inhospitalier ? De ce constat est né Lucioléo, sorte de demi_sphère perchée sur trois échasses s’adaptant parfaitement aux irrégularités du terrain. Cet ensemble composé de tubes métalliques savamment arqués et de toiles de coton enduites offre à quatre campeurs cavernicoles un espace circulaire confortable, à plus d’un mètre du sol, hors humidité. Cet espace suspendu peut se déplacer facilement d’un endroit à l’autre suivant l’inspiration de ses occupants et sans aucun préjudice au terrain l’accueillant car il n’utilise pas d’ancrage au sol. Bien sûr ce nouveau type de couchage ne se limite pas au monde souterrain, mais peut aussi se déployer en extérieur.

Dominique travaille désormais à son industrialisation et vient de déposer le modèle auprès de l’Institut national de la propriété industrielle. Afin de convaincre de futurs partenaires de se lancer dans l’aventure, Dominique a souhaité faire une séance photo de Lucioléo en situation dans l’immense porche du gouffre de Réveillon (Lot), avec l’autorisation du propriétaire du lieu. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés un beau matin de mars dans l’entrée atypique de cette cavité pour assister (avec laide de Jean Taisne) le photographe souterrain Jean_François Fabriol venu flasher la bête devant l’immense cascade s’engouffrant dans cet abîme.

(Compte rendu d’Arnaud Guyot)

Les chauves-souris américaines

Des milliards de dollars d’insecticide

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Le White Nose Syndrome le syndrome du museau (ou nez) blanc décime depuis 2006 (voir La Lettre du Spéléo-club de Paris n° 265, mai 2008) les chauves-souris du nord-est des Etats-Unis et des provinces canadiennes de l’Ontario et du Québec. Plus dun million d’individus auraient été tués par ce mal dans lequel intervient un champignon, le Geomyces destructans, dont le rôle exact n’est pas encore connu. Selon un étude de l’université de Boston, les chiroptères en avalant les insectes font économiser quelque 23 milliards de dollars aux agriculteurs états-uniens, c’est-à-dire le coût des insecti-cides dont on peut ainsi se passer. Voilà un argument sonnant et trébuchant en faveur de la protection des chauves-souris qui aura certainement plus de poids que la défense de la biodiversité...

Des éoliennes moins dangereuses pour les chauves-souris ?

On sait que les chauves-souris sont victimes des éoliennes. Elles meurent en effet d’hémorragies internes dues aux variations de pression provoquées par les pales de ces engins. Il est difficile dévaluer l’importance des pertes, les cadavres étant enlevés au sol par divers animaux charognards. La presse (Le Monde, Le Canard Enchaîné...) nous apprend qu’un bureau d’études a mis au point un système qui, pour une baisse de la production d’électricité de 1%, pourrait réduire la mortalité des chiroptères de 54 à 74%. Nous attendons des précisions.

Lutétien

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En 2001 le Muséum national d’histoire naturelle a publié un très beau catalogue sur Le Lutétien, la pierre de Paris, composé de 10 articles sur ce calcaire de notre sous-sol, son origine géologique avec un regard sur l’océan, la faune tropicale, la savane africaine au cœur de ce qui n’était pas encore notre capitale, puis plus près de nous les carrières, les monuments et les sculptures, le métro... Il ne reste qu’une trentaine d’exemplaires de cet album de 52 pages en couleurs, soldés au prix de 5 . Une affaire pour un ouvrage de grande qualité aux belles illustrations. Contacter Gilles.Thomas@paris.fr.

Rupestres !

Le dialogue entre dessinateurs d’aujourd’hui et d’avant-hier.

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Au festival BD de Bastia qui vient de fermer ses portes (cf Le Monde Magazine du 2 avril) a été présenté le passionnant projet Rupestres !. L’initiateur en est le dessinateur de BD David Prudhomme dont une des figures de proue est Nicolas de Crécy, cousin d’Eynard. Rempli d’admiration devant les tracés réalisés avec une formidable économie de moyens dans la grotte paléolithique de Niaux (Ariège), il a entraîné cinq de ses collègues dans une aventure inédite, partir, le crayon à la main, à la rencontre de leurs collègues de la préhistoire en visitant en dehors des heures d’ouverture au public et sans lumière électrique plusieurs grottes ornées, Font-de-Gaume, Les Combarelles, Cougnac, Pech-Merle, Lascaux II (le fac-similé)... Ils ont tous été stupéfaits de la maîtrise technique de leurs ancêtres, de la mémoire visuelle et de la qualité d’observation dont ont fait preuve ces lointains sapiens, si proches malgré un écart pouvant atteindre 25000 ans. L’album et l’exposition qui en ont résulté rendent compte de ce même goût partagé pour le geste graphique, de cette extraordinaire continuité des cultures humaines à travers le temps. On pourra voir les planches et dessins tirés de l’album Rupestres ! dans le Centre de préhistoire du Pech-Merle à Cabrerets (Lot), du 10 avril au 30 juin 2011.

À lire Rupestres !, Etienne Davodeau, Emmanuel Guibert, Marc-Antoine Mathieu, David Prudhomme, Pascal Rabaté, Édit. Futuropolis, 208p., 25 .

Le timbre à moi du mois

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Ce timbre est dû à nos amis du club Terre et Eau. Il représente la salle Martel de ligue de Goudou, dans le Lot, une cavité où ils ont mené de longues et fructueuses recherches. Le gouffre s’ouvre sur la commune de Labastide-Murat, où sest tenue la dernière Rencontre d’octobre. Il a été exploré sur 220m par Martel et Armand en 1892, puis, aussitôt après a été rebouché par les paysans. Les spéléos, principalement sous la conduite de Géo Marchand, récemment décédé, parviennent à rouvrir la cavité en 1964 après une énorme désobstruction et reprennent les explorations. Le développement est de lordre de 16000m, ce qui en fait la plus longue grotte du département après Padirac.

Avec nos remerciements à Denis Arnal pour l’envoi de ce Timbre à moi émis à 30 exemplaires, c’est dire la rareté de l’objet !