La lettre du Spéléo-Club de Paris

N°293 - Mars 2011

Mercredi 23 mars 2011, par Spéléoclubdeparis // La lettre

Sur la dimension sonore des grottes à peintures du paléolithique

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Lors du congrès de l’ifrao (international federation of rock art organizations) qui s’est tenu en septembre 2010 en ariège, iegor reznikoff*, qui étudie la dimension sonore des grottes à peintures du paléolithique depuis plus de vingt ans, a rendu compte de ses dernières observations qui mettent en comparaison les grottes d’oxocelhaya (pays basque), labastide (hautes-pyrénées), bernifal (dordogne), rouffignac (périgord), portel et niaux (ariège), la grande grotte darcy-sur-cure (bourgogne), dautre part, les grottes kapova et mouradymova, dans le sud de loural.

dans un espace donné, lacoustique diffère selon les parties de cet espace ; ainsi, dans les grottes souterraines, la résonance dune grande salle est très différente de celle dun tunnel étroit ou dune niche. de plus, la résonance dépend de la nature du sol, des parois, ou des plafonds voûtés, que ce soit de la pierre dure, de la terre ou de largile. ceci est une évidence mais prend un sens tout particulier dans les grottes ornées. la question sest posée naturellement : les peintures étant en tel ou tel endroit, quelle relation y a-t-il entre leurs emplacements et la qualité de la résonance de ces emplacements dans la grotte ?

nous avons mené de nombreuses études dans les grottes paléolithiques ornées de peintures, gravures, signes divers. pour la plupart, ces études se sont révélées très positives. pour le dire simplement : les peintures sont principalement situées dans les endroits les plus sonores des grottes et il y a des corrélations remarquables entre certains signes ou images et la résonance de leur environnement. (extrait de son intervention lors du congrès de l’ifrao en septembre 2010)

l’apport de iegor reznikoff est doublement fertile.

- il consolide la notion d’archéologie sonore dans une discipline, la préhistoire des grottes ornées, qui jusque là l’avait peu prise en compte.

- il place le point de vue humain au cœur de son dispositif.

car il ne s’agit pas uniquement de métrologie acoustique, au grand regret de certains acousticiens et de quelques préhistoriens qui lui reprochent d’avoir fait une si large place, dans ses études sonores, à l’oreille et à la voix. c’est sans doute là son apport décisif que d’avoir établi, sans l’exclure, les limites de la pure instrumentation, au profit d’une véritable approche anthropologique de la caverne par une pratique essentiellement vocale. (dominique lavaur)

* iegor reznikoff est professeur des universités en philosophie et fondement des sciences, fondement de l’art et de la musique antiques, anthropologie sonore, mathématique et logique mathématique.

Sanctum

Nous annoncions en janvier dernier la nouvelle super-production en 3D de James Cameron, Sanctum, sortie en France fin février, plus tôt que prévu. L’intrigue se déroule en Papouasie Nouvelle-Guinée, dans un complexe de grottes inconnues qu’explore un groupe de spéléo-plongeurs. Malheureusement une crue survient alors qu’ils se trouvent au plus profond des entrailles de la terre. Ils tentent alors de trouver une issue pour éviter la noyade. Le scénario très hollywoodien est peu imaginatif, schématique et parsemé de quelques invraisemblances. Cependant on sait gré au réalisateur de ne pas avoir trop abusé des effets spéciaux, ce qui est souvent le cas des films en 3D. Les images spectaculaires à l’esthétique soignée ont été tournées dans de vraies grottes de l’hémisphère sud ou réalisées dans des décors reconstitués. Elles servent cette histoire palpitante, pleine de rebondissements, qui se déroule intégralement sous terre. Le côté extrême de la spéléologie d’exploration est mis en avant et ce film catastrophe donnera une fois de plus une vision erronée de notre activité au grand public qui considère les spéléologues comme des casse-cou, inconscients des dangers qu’ils prennent (cf. l’accident de plongée d’Éric Establie).

(Rédigé à partir de l’excellente critique d’Arnaud Guyot)

Daniel dairou honoré par le cds 75

Lors de sa réunion du 17 février, le Comité directeur départemental de spéléologie de Paris a élu à l’unanimité Daniel Dairou président d’honneur. Sa participation aux réunions du CDS sera toujours la bienvenue, son expérience étant d’un grand secours.

3e Symposium de spéléologie du moyen-orient

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Les 23-24-25 septembre 2011 se tiendra à Beyrouth le Third Middle-East Speleology Symposium, le MESS3. Cette réunion a lieu tous les cinq ans et a pour sujet les découvertes et recherches sur le Moyen-Orient et ses alentours, lest de la Méditerranée, lest de lAfrique, Iran et Pakistan. Elle est organisée par le Spéléo-club du Liban et le Conseil national pour la recherche scientifique (CNRS), sous le patronage de lUnion internationale de spéléologie (dont le secrétaire général, rappelons-le, est Fadi Nader, membre du Spéléo-club de Paris). Des excursions très intéressantes, souterraines ou non, sont inscrites au programme de cette manifestation, notamment la visite des tubes de lave de Syrie. Tous les détails sur www.speleoliban.org.

Le timbre du mois

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La grotte de Waitomo s’ouvre dans l’île du Nord de la Nouvelle-Zélande. Elle doit sa célébrité à la mouche Arachnocampa luminosa (glow-worm) qui émet une lueur visible dans l’obscurité de la caverne. Cette cavité a été présentée dans la Lettre n° 161 (janvier 1998) sur un timbre néo-zélandais. Ce nouveau "timbre" a été émis par DX Mail, une entreprise de "business communication", travaillant en Nouvelle-Zélande, en Australie et très certainement ailleurs. C’est, à notre connaissance, le premier timbre montrant l’intérieur d’une grotte émis par une poste privée.