La lettre du Spéléo-Club de Paris

N°290 - Décembre 2010

Mercredi 1er décembre 2010, par Spéléoclubdeparis // La lettre

Plus fort que l’Allemagne

Pour corriger l’injuste avantage de l’Allemagne sur la France en ce qui concerne "les gouffres qui avalent des voitures" (cf. la Lettre de novembre), Dominique Lavaur nous a confié un "document exclusif sur un gouffre, nous a-t-il dit, dont beaucoup ont entendu parler sans malheureusement jamais pouvoir l’approcher. Il s’agit d’un abîme sans fond qui se creuse un peu plus chaque jour au 21 rue Georges Auric en plein Paris. Le visage commotionné de ses premiers explorateurs en dit bien plus sur la profondeur effrayante de la cavité, que n’importe quelle vue aérienne, qui de toute façon eut été impuissante à rendre compte de l’ampleur du vide. Il s’agirait en toute hypothèse d’un creusement d’origine structurelle. Voilà qui replace le 19e arrondissement de Paris à la première place des fontis légendaires. Curieusement, l’exploration et le relevé topographique de cet Eldorado s’annoncent si fastidieux qu’il ne serait pas en définitive une promesse d’avenir pour les jeunes générations de spéléologues." Voir au verso.

Explorations subaquatiques de pointe

Notre camarade Bruno Mégessier n’a pas ralenti son activité de spéléo-plongeur de pointe. Cet été il est retourné au nord de la Bosnie pour y poursuivre les recherches menées dans plusieurs gouffres noyés. En septembre il est allé dans le célèbre réseau de la Touvre, en Charente, à deux pas d’Angoulème, pour participer à un nouveau traçage entre le Bouillant de la Touvre et la Font de Lussac. C’est à la source de Touriès, Cazals (Lot-et-Garonne), en octobre, qu’il a mené ses explorations les plus profondes. La Lettre devrait vous apporter des précisions dans son premier numéro de 2011. Bruno viendra nous présenter ses recherches lors d’une prochaine réunion, vraisemblablement en début d’année.

Japon

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Grotte de l’île de Enoshima, par Utagawa Hiroshige (1797 — 1858)

Du 21 octobre au 8 novembre, notre camarade David Brison s’est rendu au Japon, un pays peu fréquenté par les spéléologues occidentaux. Au pied du mont Fuji, célèbre volcan que cachaient alors les nuages d’un typhon, il a visité trois tubes de lave : Narusawa Ice Cave ("grotte glacée") et Fugaku Wind Cave ("grotte du vent") ainsi que la plus longue des trois, Saiko Bat Cave ("la grotte des chauves-souris du lac Sai"), récemment aménagée. Plus au sud, à Dogashima, David a également visité une grotte littorale formée dans un matériau peu connu des spéléologues, la pierre ponce. A mi-chemin entre Tokyo et Kyoto, Ryugashi-do ("la grotte de la roche du dragon" ?) est une cavité calcaire renfermant une cascade de quelque 30 mètres. À l’extrémité sud-ouest de Honshu, la grande île du pays, s’ouvre Akyoshi-do, la plus fréquentée des grottes japonaises. Cette belle cavité calcaire, dominée par un plateau karstique remarquable par son lapiaz aux cônes acérés, est souvent présentée, notamment par Wikipedia, comme la plus longue grotte du Japon. Son développement estimé à 2650 mètres en 1986 ne lui donnait alors que le douzième rang*.

David devrait venir au début de l’année prochaine nous présenter son voyage au pays du Soleil levant.

P. Courbon, C. Chabert, Atlas des grandes cavités mondiales, 1986. Selon cet ouvrage, la plus longue grotte du Japon était Akka-do avec 7650 mètres. Dans les World’s Longest Caves de Bob Gulden, cette cavité reste la plus longue du Japon, mais avec 23 700 m, et la seule grotte japonaise de cette liste (qui ne mentionne que les réseaux de 15 km ou plus).

Regards croisés des géosciences sur le karst

Dans le cadre du Carrefour des Géosciences, mis en place par la Fédération française des géosciences (FFG), une séance spécialisée intitulée GéoKARST : Regards croisés des géosciences sur le karst est programmée à la Maison de la Géologie (77 rue Claude Bernard, Paris 5ème) le jeudi 9 décembre 2010, de 9 h 30 à 17 h. Parmi les organisateurs figure l’Association française de karstologie (AFK) qui, avec la Fédération française de spéléologie, édite la revue Karstologia. L’accès à cette journée de communications et d’échanges est gratuite, mais l’inscription est obligatoire (courty@mnhn.fr). Plusieurs spéléologues-chercheurs de renom — dont un ancien membre de notre club — participent à cette manifestation.

Santenay souterrain et sa région

L’Association spéléologique de la Côte d’Or vient de sortir le n° 23 de l’ASCO qui est une étude des sablières de dolomie de Santenay et de sa région, à l’extrême sud de la Côte-d’Or, rédigée sous la direction de Jean-Yves Renard et Didier Vermot Desroches. Ce bulletin spécial constitue le tome 6 de l’Inventaire des cavités de Côte-d’Or. On y trouvera l’historique des explorations de cette importante zone karstique aux calcaires dolomitisés, l’exposé des recherches qui y ont été menées sur l’archéologie, les mines, la paléontologie, l’inventaire des cavités naturelles et artificielles, etc.

Ouvrage en quadrichromie, 300 pages, 600 illustrations, topographies et cartes, 40 tableaux, 400 références bibliographiques.

Prix : 35 euros + 7 euros de port et emballage. http://ascodijon.chez-alice.fr

Le réseau de francheville

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Le Spéléo-club de Dijon pour célébrer ses soixante ans d’existence a réalisé un ouvrage remarquable qui marquera l’histoire de la spéléologie bourguignonne. Réalisé sous la direction de nos amis Patrick Degouve de Nuncques et Bernard Le Bihan, il est composé de deux volumes. Dans le premier est présenté un siècle d’exploration qui aboutit à la découverte d’un réseau de plus de 28 km de long comportant quatre entrées, les gouffres du Soucy, de la Combe aux Prêtres, de la Rochotte et de Nonceuil, 67 siphons d’une longueur cumulée de 4664 m. Ces chiffres à eux seuls donnent une idée des résultats obtenus par les explorateurs et des difficultés qu’ils ont rencontrées. Dans les 50 pages du riche inventaire des cavités proches de ce vaste réseau, on trouve bien des gouffres qui pourraient donner accès à des galeries inconnues, mais, comme nous le savons avec notre chantier du trou du bois des Enseinges, les Anciens, la désobstruction est un passage obligé... Un exposé sur le contexte hydrogéologique, des repères bibliographiques complètent l’ouvrage. Le deuxième volume est un atlas topographique du réseau de Francheville, accompagné d’un plan de situation des 54 cavités de l’inventaire. Le tout forme un document, richement illustré, indispensable à ceux qui s’intéressent à cette région où les découvertes se poursuivent, même si leur rythme s’est ralenti.

Spéléo-club de Dijon, Le Réseau souterrain de Francheville, 192 pages + Atlas topographique, 24 p., 2010, 22.

Le timbre du mois

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Le site de la ferme de Helgustadir, situé sur la rive nord du Reydarfjord, à l’est de l’Islande, fut découvert au xviie siècle. Sa célébrité est due à l’exploitation d’une variété pure et cristallisée de calcite connue sous le nom de spath d’Islande. On en a signalé des cristaux géants aux dimensions exceptionnelles : l’un d’eux aurait atteint 7 mètres de long. Un cristal de 230 kg aurait été exposé au Muséum d’histoire naturelle de Londres. Il ne s’agit pas de calcite karstique, ces cristaux d’origine hydrothermale ayant été formés au sein de fissures de roches basaltiques (d’âge tertiaire). La mine de Helgustadir, dont l’exploitation s’est arrêtée en 1924, a été classée monument historique en 1975. Son accès demeure difficile. Timbre de 1999.

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