La lettre du Spéléo-Club de Paris

N°286 - Août 2010

Jeudi 26 août 2010, par Spéléoclubdeparis // La lettre

Cantabriques (Espagne) : la campagne 2009 à la cueva fresca

La campagne 2009 s’était concentrée sur la Sima Alpina, cavité verticale s’ouvrant à l’aplomb de la rivière Tio Pepe, à l’amont du puits Eole. Une fois l’équipement des puits complété, les travaux ont pu commencer dans un boyau à l’aval. Après 3 grosses journées de désobstruction—mise au gabarit—topographie, l’équipe a pu déboucher dans la Cueva Fresca et plus précisément dans la rivière Tio Pepe. Le dernier jour du camp, une équipe réduite, composée de Philippe Cabrejas et Jacques Beilin, a effectué la traversée Sima Alpina — Cueva Fresca. La descente du puits Eole s’est faite contre paroi par l’équipement installé lors de l’exploration — à la montée — du puits Eole.

Communiqué Jacques Beilin

LE FONDS CHOPPY À CHAMBÉRY

On sait que Jacques Choppy a légué sa bibliothèque au Laboratoire Edytem de l’Université de Savoie, à Chambéry. Les chercheurs de cette dynamique institution ont d’emblée pris conscience de la valeur exceptionnelle de cet ensemble documentaire. Le "Fonds Jacques Choppy" est donc géré avec un soin scrupuleux. Dans le cadre d’un échange avec le Laboratoire Edytem, Christophe Gauchon nous a envoyé deux ouvrages du plus haut intérêt, Karst de montagne Géomorphologie, patrimoine et ressources et L’Aven d’Orgnac. Ils sont consultables à la bibliothèque du Spéléo-club de Paris, chez Dominique Lavaur (1 rue de l’Abreuvoir à Mareil-Marly) qui l’annonce "ouverte 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7" (chiche !).

Cécile et florent au paradis

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Cécile Iribarnégaray et Florent Lauthier lors de l’équipement du mur d’entraînement sur le site du Paradis du Puiselet.

Radiolocalisation à la grotte des chamois

La grotte des Chamois s’ouvre au-dessus de la source du Coulomp, sur la commune de Castellet-les-Sausses (Alpes de Haute-Provence). L’exploration de cette grotte isolée à trois heures de marche des pistes carrossables a été reprise par nos amis Philippe Audra et Jean-Claude d’Antoni-Nobécourt, puis par Jean-Yves Bigot, trois participants actifs de nos Rencontres d’octobre. En juillet 2010, lors du deuxième camp international à la grotte des Chamois, Daniel Chailloux et José Leroy ont permis grâce à la radiolocalisation de lieux éloignés de la cavité de faire progresser l’exploration, le développement de cette nouvelle rivière souterraine dépassant maintenant les 8 km. Et ce n’est pas fini. Nous espérons qu’un jour ils viendront nous présenter cette nouvelle rivière souterraine, certainement l’une des plus belles de France.

Jamaïque

Notre camarade suisse Pierre Strinati, membre d’honneur de notre club, nous a fait part de son séjour en Jamaïque, un pays connu pour son karst à cockpits. Malgré le climat politique instable, voire occasionnellement dangereux, Pierre a pu mener ses habituelles recherches biospéologiques effectuées dans des grottes non aménagées. Il a également visité la seule véritable caverne touristique de l’île, le réseau que composent la Runaway Cave, cavité sèche dont le nom rappelle que des esclaves échappés venaient s’y réfugier, et la Green Grotto qui contient un lac souterrain. On y a tourné un film de James Bond, Vivre et laisser mourir (la scène des crocodiles). Des femmes nues y ont été photographiées dans les années 60 par la célèbre photographe américaine de stars Bunny Yeager. Voir notamment Photographing Girls in Jamaica (sans éditeur), une curiosité bibliographique dans le monde des spéléologues collectionneurs !

PLONGÉES EN BOSNIE

Au cours de la réunion-conférence du mardi 22 juin, Bruno Mégessier nous a présenté ses explorations 2009 dans les cavités du Nord de la Bosnie. Nous y avons vu des photos de plongeurs en situation ou en préparation et les topos des cavités noyées (Klokot, Oko, Crno Ruka, Bastasi...) où vivent des protées de belle taille et bien d’autres animaux. Des grottes et gouffres exondés ont également été explorés et topographiés : Suvaya et le Trou Sourd. Il a, par ailleurs, annoncé les nombreux objectifs, tant en plongée qu’en spéléo sèche, Klokot, Oko, Bastasi, Suvaya, Crno Ruka, Crno Vrelo, Sanica, dont il nous parlera lors d’une autre réunion rue Boissonade.

Bruno qui, on s’en souvient, a été victime en juillet 2007 d’un grave accident en Bosnie à la suite de l’explosion d’un surpresseur d’oxygène, nous a fait part de ses réflexions sur la gestion des risques lors de la pratique spéléologique en plongée comme sur corde. L’expédition 2009 a failli être le théâtre d’un grave accident par rupture de corde en haut d’un puits de 80 mètres plein pot.

Vers l’acte 2 des événements obscuricoles

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Les évènements obscuricoles (Léo) prévus cet été aux Grottes de Lacave dans le Lot du 7 au 14 août sont contraints de repousser de quelques mois cette nouvelle semaine d’exploration tactile. Léo n’a pas pu réunir les fonds nécessaires au financement des éclairages de sécurité utiles à l’approche du parcours sensoriel. Cette réédition de l’acte 1 (qui a fait le succès du mois de février 2010) a été revue et corrigée. La date exacte de ces nouveaux parcours sensoriels sera communiquée à l’automne. Le calendrier général des évènements obscuricoles sera toutefois maintenu avec la présentation de l’acte 2 en décembre 2010. Nullement découragé par ce contretemps, notre camarade Dominique Lavaur poursuit avec détermination cette aventure dans laquelle l’exploration du milieu souterrain acquiert une dimension inédite.

La ruée verticale vers l’or

C’est sous le titre "Enfoncés les spéléologues" que La Lettre du Spéléo-club de Paris d’octobre 1991 (n° 98), en présentant le "timbre du mois", signalait l’existence de la plus profonde mine du monde (3,8 km). Gilles Caldor nous informe qu’une de ces mines d’Afrique du Sud, du groupe de Western Deep Levels, à 70 kilomètres à l’ouest de Johannesburg, s’est encore approfondie. La mine de Tau Tona dépasse actuellement 3,9 km. Depuis 1957, 800 kilomètres de galeries y ont été forés et 1.100 tonnes d’or y ont été extraites. La hausse du cours de l’or rend plus que jamais cette mine rentable et la profondeur de 4 km sera sans doute prochainement atteinte. Les ingénieurs envisageraient même de s’enfoncer plus bas encore, vers les 5.000 mètres. Au niveau actuel, la chaleur et les risques sismiques rendent déjà l’extraction dangereuse et la mortalité est très élevée.

La dangereuse suffosion [1]

En novembre 2008, près de Carlsbad, au Nouveau-Mexique, un ouvrier qui travaillait seul dans une carrière de cailloux isolée, au volant d’une chargeuse, se trouva bloqué. Loin de la route, il téléphona pour demander de l’aide. En attendant les secours, il tenta à nouveau de dégager l’engin de chantier, ce qui eut pour effet d’effondrer la voûte d’une cavité inconnue où l’homme et sa machine disparurent. Quand ses collègues arrivèrent, ils ne trouvèrent qu’un trou de 12 mètres de profondeur et de 6 m de diamètre au fond duquel ils virent la chargeuse et le chauffeur miraculeusement indemne. L’accident s’est produit non pas en terrain karstique ’ on connaît pourtant bien des cavités calcaires dans la région, Carlsbad Caverns et Lechuguilla notamment — mais dans des alluvions. Le vide était dû à une érosion mécanique dans un sol granuleux hétérogène, phénomène connu sous le nom de suffosion.

Le chapeau de wind cave

Le nom de Jesse Bingham est resté dans l’histoire comme celui du découvreur, en 1881, — avec son frère Tom... et après des Amérindiens anonymes — de Wind Cave, la "grotte du vent", dans le Dakota du Sud, aux Etats-Unis. Le développement du réseau atteint aujourd’hui 216 km, ce qui en fait la 4ème plus longue grotte du monde. Lorsque Jesse passa devant l’entrée de la cavité, une simple anfractuosité rocheuse de 2,50 m sur 25 cm, un souffle violent fit envoler son chapeau. Quelques jours plus tard, il revint avec des amis et, pour leur montrer le phénomène, jeta son couvre-chef devant l’embouchure de la caverne. A sa grande surprise, le chapeau fut avalé par le trou. Le courant d’air était toujours aussi puissant, mais il s’était inversé. Le chapeau de Jesse Bingham n’a jamais été retrouvé.

Le trou des anciens

Le barnum installé à l’entrée du trou. Camp de la fin juillet 2010

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Le timbre du mois

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Le 12 juin 2010 la Poste a publié un " collector " de 10 timbres autocollants illustrant la région Midi-Pyrénées dont le Lot fait partie. Celui représentant le gouffre de Padirac est le premier timbre français qui donne une image réelle d’une cavité naturelle française qui ne soit pas préhistorique (voir à ce sujet les Lettres de juin et septembre 2009, n° 276 et 277). Le premier jour de l’émission, le 12 juin 2010, un spéléo-facteur — Marc Guichot, ancien président du club de Thémines — a descendu le puits à la corde pour tenir un bureau de poste provisoire installé au fond du gouffre.